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  Théâtre en liberté 2005-2007
Rencontre du 13 janvier 2006
     
 
 
 

 

Edito 

On le sait maintenant, il ne suffit pas de le voir pour le croire, mais bien le contraire. La télé et ses « évènements » nous le rappellent sans cesse. Elle voit ce qu'elle croit et ce qu'elle croit c'est que la banlieue est un parking où brûlent des voitures la nuit avec des gens qui courent autour. Elle filme ce qui se voit et ce qui se voit, très étrangement, c'est la nuit, quand les croyances et les peurs se mêlent pour brouiller le regard. A force d'être racontées, ces histoires finissent presque par être vraies. Leur regard devient notre vérité.

Alors nous on écrit des chroniques comme on crée un pare feu. Plus il y aura de chroniques et plus il y aura de regards. On sait que l'important c'est de se la raconter, et de belle manière encore, de la manière la plus juste. Bizarrement, plus on se la raconte, plus on s'en moque qu'elle soit vraie ou non. C'est comme les contes, on sait que forcément il y a du vrai mais on ne sait plus où, et puis au fond on s'en fout, l'important c'est l'art du conteur. On a maintenant beaucoup d'histoires, des vraies comme des moins vraies, des chroniques qui deviennent des fictions et des fictions des bouts de chroniques, des qui nous perdent et d'autres qui nous ramènent au réel, des qui gueulent et des qui pansent. Saint-Denis la belle se dénude peu à peu. Elle brouille les pistes et ondule au gré des regards. Demain elle va se la raconter avec les slameurs. On va s'échanger des histoires, toutes plus vraies les unes que les autres, promis. Demain, en plus de se la raconter, on va se la jouer, et de belle manière encore, de la manière la plus juste. Demain promis, on n'en croira plus leurs yeux.

Philippe Malone

 

 
 
 

 

 
Chroniques lues

Mercredi 9 novembre 2005 / 14h30 environ / Dans le bus 153 arrêt Montjoie
Madame – Elle ne bouge pas – Madame s'il vous plaît – Elle ne dit rien – Madame s'il vous plaît vous montez ou vous ne montez pas – Elle ne bouge pas ne dit rien elle sourit – Madame – Elle pose ses sacs, trois gros sacs sur le marchepied du bus, elle tourne la tête vers le coin de la rue et tire sur son clope – Madame s'il vous plaît, je dois y aller, vous montez ou vous ne montez pas – J'attends mon mari – J'attends mon mari il est parti faire deux ou trois courses – Elle ne dit plus rien, ne bouge plus, tire une dernière fois sur son clope, elle attend – Madame ça va pas être possible – il le chauffeur a le sourire - ils les passagers ont le sourire - Elle la femme aux trois gros sac a le sourire – mais le bus n'attend pas – elle comprend reprend ses sacs dit qu'elle prendra le prochain elle sourit que de toute façon il le mari fallait qu'il passe aussi à la pharmacie que c'est pas grave elle sourit – je tu il elle nous vous elles ils sourient et le bus est déjà parti.

32/11/2005
25h ??
Ca continue, hein, les jours non-à-venir… Quand est-ce qu'on en sortira de cet interminable mois de novembre ? Quand on sera morts, je te dis… Tu croyais quoi, toi ? Que tu allais t'en tirer comme ça ? D'abord, le Docteur Oblivion l'a dit : « La télévision EST la réalité », et sans ironie, au contraire, comme dans une sorte de soupir de libération… Et tu croyais qu'il disait quoi Pasolini ? « La réalité n'est en dernière analyse que du cinéma en nature »… Alors tu crois quoi, quand tu regardes par la fenêtre du bus qui remplace la ligne du Stade au Centre Ville ? Où est le film, hein, s'il te plaît, dis-moi où est le film ?

22 H. En face de l'Ecran.
Je sortais du cinéma. J'ai, en face, pris sous les immeubles, derrière les colonnes, pour m'abriter de la pluie. Comment ne pas aller à pied, ne pas me mouiller ? Je me suis arrêté. Je me suis baissé : mon lacet droit était défait. Déjà mouillé. Trempé. J'ai vu, devant moi, dans l'angle, juste à l'angle, une fissure. Elle remontait du sol, le long du mur. Je me suis relevé. Debout, la fissure s'arrêtait à hauteur exact de mes yeux. Fixer la fissure juste là où elle s'affine, devient une pointe, tendue dans une direction verticale légèrement oblique. Rester, fixer cette fissure, le temps qu'il faut, pour la voir avancer, progresser, monter. Pas eu ce courage. Je me suis mouillé jusqu'à l'arrêt du tramway.

17 h, boulevard Carnot.
Une grande femme, mince, à l'allure fière, avance tenant en laisse un fox terrier, grand, mince et fier, lui aussi. Elle porte un manteau rouge en laine. Lui aussi. Elle est coiffée très court, presque rasée. Lui aussi. Elle progresse à petits pas vifs et bondissants. Lui aussi. Un homme vient vers eux. S'adresse à la maîtresse, à son chien. La femme lui répond en agitant tout son corps. Lui aussi. L'homme s'éloigne. Arrivée à ma hauteur, la dame me fixe et me sourit. Lui aussi. Ils me dépassent. Je me retourne. Reins cambrés, la grande femme marche à un rythme chaloupé. Elle balance ses hanches à droite à gauche. Lui aussi. Amusée, je regarde s'éloigner ce duo parfaitement synchronisé. Soudain, l'un et l'autre s'arrêtent, en même temps. Le fox terrier lève la patte...

   
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